CARRIE,
de Brian de Palma.
Et on a beau essayer, impossible de tomber d'accord !
Date de sortie : 1976
Pour !
Avant que mon gros bourrin de collègue n'use de sa plume asassine pour dire tout le mal qu'il pense de la petite merveille de Brian de Palma, c'est à moi que revient la tâche de défendre ce modèle d'adaptation réussie. Car sincèrement, si Stephen King peut la ramener avec ses écrits (et pour cause !), à l'écran, c'est une toute autre paire de manches ! Fort heureusement, Carrie n'a pas souffert du traitement honteux dont fut victime, 30 ans plus tard, DREAMCATCHER, véritable catalogue de fautes de goût... Film fantastique, drame cathartique et bouleversante métaphore sur le passage à un âge adulte jamais atteint, CARRIE ne ménage pas le spectateur. On reproche souvent à De Palma, surtout depuis FEMME FATALE, de se regarder filmer plutôt que de mettre en scène. Ce qui n'est absolument pas le cas ici, tant ses cadrages milimétrés (les plans-séquence servent l'histoire, et non pas l'inverse), son approche fine et audacieuse d'un sujet pourtant difficile (qui ne tombe heureusement jamais dans le discours prosélyte ou moralisateur) font montre d'un travail d'adaptation phénoménal. S'il est extrêmement violent, CARRIE vise le coeur avant tout, s'attachant à décrire les troubles engendrés par les rapports conflictuels qu'entretient son héroïne avec son entourage. L'emprisonnement (tant physique que mental) dont elle est victime agit comme un compte à rebours, et se ressent à chaque plan. Que ce soit chez elle, où sa mère l'enferme dans un placard pour la forcer à supplier le Seigneur de pardonner ses péchés, ou au lycée (voir la séquence d'ouverture, traumatisante), Carrie n'a de place que lorsqu'elle se fait docile, impassible, presque invisible (le fait qu'elle se déplace toujours tête baissée, cachée derrière ses longs cheveux, n'est pas un hasard).
De ce fait, la "thématique du miroir", désormais rebattue, trouve ici toute sa justification. Dès qu'elle s'accepte elle-même, Carrie peut commencer à faire un pas vers les autres. Mais dès lors qu'elle s'y essaye, la chute n'en sera que plus dure. Si De Palma joue des éclairages durant tout le film, ses astuces stylistiques trouveront leur point d'orgue dans la séquence du bal : ralentis langoureux, visages baignés d'une lumière angélique... Tout annonce la tragédie à venir. Et elle surviendra, dans un incroyable déchainement de rage et de vengeance (même si le terme "justice" serait plus approprié). A partir de là, Carrie devient définitivement ce vers quoi l'ont poussé tous ses camarades depuis des années : une silhouette impavide, muette, spectrale. Durant cette nuit-là, le mal se retourna contre ceux qui l'ont provoqué et, surtout, ceux qui l'ont ignoré, faisant de CARRIE l'un des plus beaux drames psychologiques qui soit, dont le plan final, tétanisant de beauté et de noirceur, vous hante pendant des semaines entières. Une image à la fois terrifiante, sombre et mélancolique, geste vain et désespéré d'une jeune fille qui n'était déjà plus de ce monde depuis longtemps, happée par les Ténèbres bien avant que sa malédiction ne lui soit révélée.
Tout simplement brillant !
Contre !!!
Ah...CARRIE... Un nom tout à fait charmant pour une des plus grosses déceptions de ma vie cinéphilique. On aurait presque dû l'appeler SCARY, en guise d'avertissement : "Attention, c'est tellement mauvais que ça en ferait presque peur". Brian de Palma a eu envie, en s'essayant à l'adaptation d'un des plus grands romans de Stephen (the) King, de jouer la carte de l'expérimentation : zut ! Peine perdue !! Comme souvent d'ailleurs lorsque le cinéaste s'éloigne des codifications d'Hollywood (le pauvre s'y perd souvent d'ailleurs, on l'a déjà vérifié récemment avec le saboté DAHLIA NOIR, et il y a encore quelques années, quand il a eu le mauvais goût de se mouiller (ou plutôt, se noyer ! ) dans de la SF, avec une MISSION TO MARS improbable (vas-y que je prends un bon bol d'air sur Mars, que je sympathise avec notre cousin l'E.T...)). Bref.
Occupons nous donc de cette CARRIE qui fait mal. Le personnage est peut-être, ma foi, la seule bonne chose de ce nanar (copyright De Palma), grâce à l'interprétation offerte par Sissy Spacek, cette dernière qui réussit à sauver du naufrage sans doute le pire film de De Palma (qui n'est pas entièrement mauvais, soit dit en passant : il a quand même fait SCARFACE, qui est l'exception dans la filmo du bonhomme). Sinon, ce n'est qu'une avalanche de plans tout à fait criards, impromptus, bancals (en un mot moches), qui desservent ce qu'on pourrait appeler un remplissage scénaristique : en effet, le script fait tout ce qu'il peut pour assurer une durée honorable au métrage, retardant de manière inutile et malsaine la séquence clé du film (la scène de la fête), cette dernière complétement téléphonée et que seul un excellent plan-séquence sauve du zéro technique. Le traitement du personnage principal, malgré une brillante performance de l'actrice (voir plus haut), est plus que stridant, exagéré à un paroxysme ridicule. Les situations mises en scène apportent un aspect malsain au métrage qui, en plus d'être mauvais, tire vers l'abject le plus vicieux.
Bon, je crois que vous l'avez compris, je n'aime pas CARRIE.
