Fiou, qu'elles sont looooongues les critique du petit Guigui ! Longues, dites-vous ? Tout à fait, longues, à l'instar de la masterpiece Kubrickienne, et je tiens tout de même à souligner qu'après 4 pages de conneries cachant d'intrétables trésors intellectuels (mes critiques, merci public), on a toujours pas parlé du Master du cinéma, le grand Stanley (Stan pour les dames) et de toute sa trop courte filmographie. Bon ben, je jettes une première pierre dans la mare (Aaaaaaah !!) en parlant du plus long film de sa courte filmo, on l'a déjà dit.
Date de sortie : 24 Septembre 1976
Date de Reprise : 19 Décembre 2007 (Allez-y !!!)Synopsis : Pour faire son chemin dans le monde corrompu du XVIIIe siècle anglais, un brave garçon, pauvre, tendre et loyal, devient une redoutable crapule. Amant puis époux d'une jeune femme fort riche et non moins titrée, il conquiert la gloire, l'amour et l'argent... Mais pour lui, bien dure sera la chute.Critique :Zut, me voilà devant ma critique, tétanisé par l'attente insoutenable d'un public rageur, qui guête les mots que je vais coucher sur blog, attendant avec fébrilité ma première erreur pour me remettre à ma place : "Quoi ! Critiquer Kubrick ! Critiquer BARRY LYNDON ! Voilà une tentative bien imprudente, bien prétentieuse...!"
N'ayez craintes, cher public : si je critiques aujourd'hui ce monstermovie, c'est tout simplement pour lui rendre grâce, lui remercier d'exister, et remercier son géniteur d'avoir offert cet héritage filmique (plus osé qu'ORANGE MECANIQUE, plus ultime qu'EYES WIDE SHUT...!) à des générations entières de cinéphiles justement avertis de la postérité méritée d'une telle œuvre d'art, OVNI véritable si il en est, miroir étrangement ambiguë d'une société pas si lointaine, que Mr Kubrick a voulu rendre empathique d'une manière magnifiquement virtuose : en faisant graviter ce qu'on pourrait qualifier de simple film d'époque autour d'un héros originellement quasi-Voltairien, vierge de toutes blessures inscrites par la vie. Et pour cause, ce héros, Redmond Barry, affronte les difficultés avec un loyalisme et un honneur verbal étonnant, mais qui ne transparaît quasiment à aucun moment -du moins au cours du premier mouvement du métrage- sur le beau visage de l'acteur de LOVE STORY (Ryan O'Neal). La première partie, donc, la partie que l'on pourrait nommer « Barry », où le héros n'est qu'un simple jouet du destin, confrontés à des péripéties presque fortuites en ce qui le concerne, pourrait se résumer à un exercice de style dosé de façon virtuose ; l'alchimiste Kubrick mélangeant avec méthode une trame narrative captivante et une technique hallucinament pionnière (qui trouvera d'ailleurs un écho dans EYES WIDE SHUT – cf la scène de l'orgie), se collant parfaitement à une gestion des cadres, comment dire... ? Epoustouflante. Je crois bien que c'est le mot : chaque plan est une composition qui vous tétanise par sa beauté lucide, un tableau surgit des entrailles du classicisme européen, où l'on reconnaît ici l'influence de Delatour (voir les scènes d'intérieur ou/et de nuit, éclairées simplement à la bougie, ce qui valut au metrage l'oscar de la meilleure photographie), et là, le génie de Velasquèz. Ca fait rêver.
Mais revenons à l'histoire elle même, et à l'influence puisé par Kubrickdans Candide , dont la premiere partie du metrage n'est ni plus ni moins qu'une quasi revisite des premières du conte (par exemple dans l'appréhension d'un narateur omniscient), avant même d'être une adaptation de l'ouvrage éponyme de William Makepeace Thackeray. Barry devient très vite attachant même lorsque le spectateur ne peut que s'appitoyer sur son sort. Il grandit à nos yeux et à ceux de la société qui l'entoure, respectant un code d'honneur personnel, dicté ni par sa famille ni par sa patrie, mais par sa simple conception de la vie et de la réussite.
Jusqu'à la fin de ce premier mouvement exclusivement narratif, qui ne laisse transparaître les émotions du héros que frontalement, ce dernier ne trouve aux yeux du spectateur qu'une admiration croissante. Jusqu'à ce que ce premier chapitre se clôt, et qu'il clôt ainsi ce cycle Barry pour reprendre sur le cycle Lyndon, qui marquera une totale inversion de situation.
INTERMISSION
Comme vous l'avez peut être constaté, ma critique suit plus ou moins la chronologie de ce film de 3h20. Je profites donc de cette intermission pour vous éclairez quelque peu sur quelques un des points majeurs techniques de BARRY LYNDON.
Tourné entièrement en décors d'époque (à Castle Howard notamment) et en lumière naturelle (à la bougie, pour les scènes de nuit ou d'intérieur), grâce à des objectifs de caméra très lumineux et au traitement spécial des pellicules, ce film bénéficie d'une photographie exceptionnelle, véritable prouesse technique qui lui confère une esthétique plutôt sombre et très particulière, tout à fait dans le ton de l'histoire et des peintures de l'époque. Le spectateur se trouve ainsi de fait plongé dans l'intimité des personnages, ainsi que le désirait Kubrick, qui voulait réaliser un documentaire qui se serait passé au XVIIIe siècle
Cette esthétique particulière est magnifiquement soutenue par la bande originale, qui mêle musique classique (Haendel, Paisiello, Schubert et Bach...) et folklore irlandais.
Malgré 4 oscars (meilleurs direction artistique et décors, photographie, costumes et arrangement musical) pour 7 nominations, le film n'eut malheuresement pas le succès escompté...Dommage.
FIN DE L'INTERMISSION
Bon, la deuxième partie sera bien plus courte que cette première partie bien inspirée, et ce afin d'éviter toutes révélations sur l'intrigue. Je vais juste promptement m'exprimer sur l'aspect psychologique des personnages avant de délivrer la note tant attendu et de laisser s'exprimer mon cher collègue blogale, qui ne pourra plus dire après ces trois critiques en un week end que je ne suis pas prolifique. Bref.
Aspect psychologique donc. Le film, comme je l'ai déjà fait remarqué, est, à l'instar du titre, séparé en deux partis : la partie Barry, déjà analysé ci dessus, et la partie Lyndon, que voilà donc.
A partir du moment où le héros s'entiche de Mme Lyndon, un déclin, un changement d'orientation apparaît nettement dans la manière d'appréhender les personnages : peut-être plus profond et ambiguë, les relations plus nombreuses, la maturité qui se fait sentir dans le personnage central, dont la bravoure et le loyalisme lui ont été supprimé en même temps que le nom de Lyndon s'est rajouté au sien. Redmond Barry Lyndon est le témoin du drame de sa vie, semblant quasiment passer à côté d'un destin que le rythme extremement lent du récit semble supprimer à ses intentions, aux actes qui a construit celui ci. A partir de là, le spéctateur perd progressivement toute empathie pour le héros, qui n'en est plus un, mais qui devient un banal ( ?) père de famille, cocufiant et injuste. Rien d'autre.
Note : 19/20
Pierre