« Nobody's perfect ! » => à part Some Like it Hot : critique d'un chef d'œuvre

« Nobody’s perfect ! » => à part Some Like it Hot : critique d’un chef d’œuvre
Ouh là ! Ca fait longtemps, me rends-je compte, que je n'ai pas écrit un bon gros pavé sur un bon gros film. Ma productivité est en baisse... Bon certes, quand j'écris un truc, ça déchire (cf les critiques d'Apocalypse Now et de Jesse James...). Bon ben je me lance un peu alors pour un pitit film :

Il y a des films comme ça, qui vous laissent pantois longtemps après que vous les ayez vu. Drole, fin, intelligent, techniquement réussi, c'est le cas de

Some Like it Hot,
de Billy Wilder

Un Monument.

Synopsis

Pour avoir assisté à un reglement de compte de la Mafia, deux musiciens sont destinés à se travestir pour jouer dans un orchestre de Jazz féminin. Arrivé(e)s en Floride, les deux compères tombent amoureux de la sublime Sugar.

Let's criticize a bit :

SOME LIKE IT HOT... et ben moi, ce film, je l'aimerai chaud, tiède ou froid. Une comédie comme on en fait plus, pour ainsi dire, une vraie leçon de cinéma et d'actorat. Tout atteint une perfection dans ce film, que ce soit cet humour ravageur, d'une finesse absolue et d'un impact inattendu ; le jeu de Marylin et de ses acolytes : brillants ; le scénario haletant ou encore la maîtrise technique : technique ! Que dire d'autre sur ce qui est certainement LA comédie, la pierre angulaire de l'édifice le plus complexe du cinéma : l'humour, imposant, ardu à maîtriser mais tellement jouissif quand il est utilisé à la manière de Billy Wilder. Une vraie réussite donc, pour un métrage étonnant qui n'a pas peur d'aborder des thèmes tabous aux USA, tels que le travestissement, l'homosexualité, la recherche avide de profit...
50 ans après sa sortie, SOME LIKE IT HOT est encore un monument, un film à voir tant il a su résister aux épreuves du temps et garder un souffle rigolatoire inépuisable.
Ah ben tiens, moi j'vais me le remater...

Note : 18,5/20

Pierre

# Online seit Samstag, 24. November, 2007 um 10:19

Geändert am Sonntag, 25. November, 2007 um 09:35

Je fournissais toutes les armées sauf l'armée du Salut => Critique de Lord of War, d'Andrew Niccol

Je fournissais toutes les armées sauf l'armée du Salut => Critique de Lord of War, d'Andrew Niccol
Image ci-dessus : "AAAh ! Putain Aristide ! C'est la 122eme fois que je t'explique que tu vises d'abord le ventre pour choper la tête avec le recul ! C'est pourtant pas compliqué ! Allez, au suivant !"



Bon, Guigui va être content, je vais asseoir ma productivité criticale. En plus, c'est un film dont il vient de parler qui va être le sujet de ce petit article. Un grand film... Encore un.

LORD OF WAR

D'Andrew Niccol

Date de Sortie : 04 Janvier 2006

Synopsis

Né en Ukraine avant l'effondrement du bloc soviétique, Yuri arrive aux Etats-Unis avec ses parents. Il se fait passer pour un émigrant juif...
Audacieux et fin négociateur, il se fait une place dans le trafic d'armes. Les énormes sommes d'argent qu'il gagne lui permettent aussi de conquérir celle qui l'a toujours fasciné, la belle Ava.
Parallèlement à cette vie de mari et de père idéal, Yuri devient l'un des plus gros vendeurs d'armes clandestins du monde. Utilisant ses relations à l'Est, il multiplie les coups toujours plus risqués,
mais parvient chaque fois à échapper à Jack Valentine, l'agent d'Interpol qui le pourchasse...

Critique :

Et si Andrew Niccol reprenait le flambeau des grands cinéastes américains sur le déclin ? En réalisant LORD OF WAR, après BIENVENUE A GATTACA et THE TRUMAN SHOW dont il signa l'extraordinaire scénario, le réalisateur néo-zélandais fait preuve d'une maîtrise peu commune. Au-delà d'un sujet rarement traité au cinéma, le trafic d'armes, ce "Lord of war" se distingue par cette propension à éviter de tomber dans le piège de la caricature. Cynique à souhait comme peut l'être le sujet de son film, le récit est à couper le souffle. Un mélange inspiré en grande partie du travail réalisé sur LES AFFRANCHIS ou enocre LES INFILTRES de Scorsese, dont la manière de raconter l'histoire se rapproche un peu (une bonne voix off, un montage au couteau, sur une bonne musique... Ca peut se résumer à pas grand chose... !) la réalisation est aussi brillante que son interprétation. Bien loin de GHOST RIDER, Nicolas Cage aura rarement été aussi juste, trouvant dans son personnage de trafiquant d'armes peu scrupuleux un rôle à la hauteur de son talent. Jared Leto retrouve la cour des grands, qu'il avait pu fréquenter un temps après REQUIEM FOR A DREAM avant de prendre parti au naufrage d'ALEXANDRE. Ce film demeurera à coup sûr dans l'Histoire du Cinéma. Du très grand art, un vrai pamphlet sur la politique internationale, une prise de conscience choquante. Bravo.

Note : 15.5/20

Pierre

# Online seit Samstag, 24. November, 2007 um 11:01

Geändert am Montag, 14. Januar, 2008 um 15:24

"J'ai vu une fée..." ==> Critique du Labyrinthe de Pan

Tiens, Pierre est vivant ! Et en forme avec ça, vu qu'il ose critiquer à ma place l'un de mes 7 films favoris !!! Sale traitre...! Mais que vois-je ??? Déjà 4 pages, et pas un mot sur le plus grand réalistaeur mexicain en activité !! T'assures pas Pierre, mais tant pis pour toi, je m'occupe de tout, en prenant à revers l'incroyable filmographie du génie.

Le labyrinthe de Pan, de Guillermo del Toro


Date de sortie : 1er novembre 2006

Synopsis

Cinq après la guerre d'Espagne , alors que les résistants républicains continuent de s'opposer au joug franquiste , la petite Ofelia (Ivana Baquero , sublime) et sa mère rejoignent le Capitaine Vidal (Sergi Lopez , terrorisant et grandiose) , l'oncle d'Ofelia , dans un coin reculé à la campagne , où lui et son régiment ont établi une base pour traquer les résistants. Dès son arrivée sur les lieux , Ofelia va découvrir l'entrée d'un mystérieux monde souterrain gardé par un faune. Celui-ci lui raconte l'histoire d'une princesse engendrée par la lune, qui se serait un jour enfuie de son royaume , délaissant son père rongé par le chagrin , ainsi que tous ses semblables. La légende raconte que , tôt ou tard , la Princesse reviendrait au royaume , non sans avoir accompli trois tâches pour ouvrir la porte du labyrinthe qui l'y mènerait...


A première vue (et de façon quasi-évidente) , Le labyrinthe de Pan se repose avant tout sur la culture personnelle de del Toro plutôt que sur ses oeuvres précédentes , de ses films les plus immédiatement jouissifs (Blade 2, Hellboy, Mimic) jusqu'à ceux décrétés (à tort) comme plus personnels (L'échine du diable, Cronos). Beaucoup de réalisateurs d'horizons diverses ont su se faire leur place à Hollywood en signant un pur film de commande pour ensuite se rabattre sur des oeuvres à gros budget dans lesquelles ils pouvaient aisément faire montre de leur sensibilité. Pour prendre un exemple récent , voir le chemin parcouru par Paul Greengrass qui , entre l'intense Bloody sunday et son incroyable Vol 93, aura signé le très bon La mort dans la peau, film d'espionnage dont la mise en scène aussi épuisante que virtuose laissait exploser le talent du bonhomme aux yeux du grand public une bonne fois pour toutes. A côté de ça , d'autres réalisateurs moins prompts à se fondre dans la masse pour mieux exploser ensuite ont subi les affres de productions désastreuses qui aboutissaient à des films plus ou moins réussis (Peter Jackson , qui passe de Braindead à Fantômes contre fantômes, ou encore Sam Raimi, qui de sa mythique trilogie Evil dead tente de se frayer un chemin vers les grands studios, via Mort ou vif avec Leonardo Di Caprio ou encore Pour l'amour du jeu avec Kevin Costner). Vient ensuite une troisième catégorie , moins glorieuse , qui regroupe des réalisateurs qui se sont littéralement cassé la figure en s'expatriant aux USA (voir Tsui Hark qui signa , en 1997 , l'honteux Piège a Hong-Kong, film nullissime mais dans lequel on pouvait entrevoir les prémices de la bombe Time and tide, que Hark signera après être rentré au pays). Seul exception à ces 3 "constantes" , John Woo , qui a toujours su intégrer brillamment ses figures de style dans les genres qu'il a abordés (l'action avec M : I : 2, la SF avec Paycheck et Volte/face , la guerre avec Windtalkers). Mais au milieu de tous ces immenses talents , del Toro est vraiment un cas à part. Tous ses projets , qu'il soient ou non d'envergure hollywoodienne , font bien plus que se nourrir des propres expériences du cinéaste : ils sont littéralement fondés là-dessus , et seraient sûrement réduits à l'état de simples brouillons sans la densité visuelle et narrative qu'apporte le mexicain à tous les sujets qu'il aborde. En effet , que serait Cronos sans la fascination qu'a le réalisateur pour les montres et les horloges ? A quoi ressemblerait MIMIC sans sa prédilection pour les univers sombres ? Que pourrait bien apporter L'échine du diable si les évènements traumatiques qui ont marqué sa vie (comme l'enlèvement de son père par exemple) n'en constituaient pas la ligne directrice ? A quoi bon réaliser Blade 2 si ce n'est pas pour donner une construction quasi inédite au film de vampires et donner un nouveau souffle au comic book movie , via une avalanche de plans gore et d'images à la poésie dévastatrice ? Quel intérêt de réaliser Hellboy si ce n'est pas pour parler de lui-même et de tous ses problèmes quotidiens , à travers une galerie de marginaux tous plus attachants les uns que les autres ? Toutes ces questions trouvent enfin une réponse grace au Labyrinthe de Pan , et elle est d'une simplicité désarmante : Guillermo del Toro AIME le cinéma , et sait , à l'instar de Raimi et Jackson , qu'il est nécessaire d'ouvrir son coeur au public pour le toucher véritablement. Là où le réalisateur du Seigneur des anneaux à enfin pu réaliser l'oeuvre de sa vie avec King Kong, et que Raimi a conclu une trilogie sublime qu'il rêvait depuis toujours de réaliser, del Toro n'avait, lui, pas encore trouvé le projet adéquat pour laisser libre cour à toute son imagination. C'est désormais chose faite, grace à ce véritable diamant noir qu'est ce Labyrinthe aux multiples facettes.

Entouré de la même équipe fantastique qui officiait sur Hellboy (un grand bravo à David Marti pour les SFX, del Toro livre avec son dernier film une véritable pierre angulaire du cinéma fantastique. On le savait depuis un bout de temps , le maître mot de ses différentes oeuvres reste la cohérence et , à ce niveau, del Toro n'a jamais cessé de se lancer d'immenses défis. Avec Le labyrinthe de Pan, on se situe encore à un autre niveau, là où la réalité et la (supposée) fiction ne font plus qu'un, dans un tout aussi jubilatoire de par les nombreuses influences dont il se réclame (la mythologie grecque à travers Pan , la peinture à travers des inspirations graphiques qui renvoient effectivement à Goya) que tétanisante via les nombreuses interrogations qu'il soulève. Je ne me risquerais pas à une analyse complète (est-ce possible ?) de cette mine d'or, et préfère m'en tenir à un seul élément du film qui m'a profondément troublé et qui, selon moi, donne une idée assez vaste de la densité et de la complexité du métrage : lors d'une séquence où Pan réprimande la jeune Ofelia pour des raisons que je tairais, celui-ci lui dit que c'est trop tard, qu'elle a commis une faute et vivra à jamais parmi les mortels, en tant qu'humaine. Dans la mythologie, Pan est le Dieu de la nature , des êtres et des choses ; dit de façon plus vulgaire , c'est le dieu de "tout". Or à aucun moment il n'évoque les conflits perpétuels qui déchirent le pays au dehors, de toutes les choses que doit endurer la petite Ofelia qui n'ont pas d'incidence directe avec les 3 épreuves qu'elle doit affronter. Il semble renier (ou plutôt ignorer) radicalement ce qui compose la réalité d'Ofelia en dehors des frontières de "son" monde imaginaire (j'insiste sur les guillemets , l'univers sous-terrain n'étant jamais vraiment défini comme une réalité tangible). En cela , Guillermo del Toro réussit un magistral tour de force scénaristique : celui d'articuler son script presque exclusivement sur ses personnages. Dès que Pan fait son entrée, on se retrouve plongé dans un univers totalement différent, dont l'architecture et les relents graphiques sont entièrement façonnés par Ofelia. Lorsque Vidal entre dans le champ, c'est alors la terreur qui envahit l'écran avec ce monstre de brutalité. Et quand del Toro ose un montage en parallèle comme lui seul en a le secret (le combat d'Ofelia contre le crapaud avec l'une des nombreuses actions des troupes de Vidal) comme il l'avait fait sur Hellboy (la filature de Liz par le diable rouge avec la mort du Professeur Broom), la maîtrise de del Toro ne connaît plus aucune limite. Et comme en plus de cela la superbe photographie de Guillermo Navarro (grand ami du réalisateur depuis ses débuts) illustre à merveille les intentions de l'auteur , le résultat relève du miracle pur et simple. Hallucinant.

Mais malgré une telle réussite, le réalisateur parvient à surprendre encore ailleurs, dans sa façon dont il amène le fantastique à ne (presque) jamais heurter la réalité. Là où la bande-annonce laissait augurer un film fantastique pur et dur, Guillermo del Toro a profité de l'occasion pour revenir sur un sujet qui lui tient particulièrement à coeur : le fascisme. Encore un fois, le cinéaste nous démontre qu'une image parle bien plus qu'un long discours. Personnage exécrable par excellence, Vidal ne semble plus vivre que dans un seul but : s'assurer de la venue au monde de son fils. Loin d'un sentiment paternel habituellement greffé à ce genre de protagoniste, Vidal est un monstre sans coeur, torturant à loisir un pauvre résistant fraîchement capturé dans une séquence totalement suggérée mais éminemment viscérale. Le mal engendre toujours le mal ? C'est bien ce que semble penser del Toro, et même L'échine du diable n'arrive pas à la cheville du niveau d'excellence de conte merveilleux...et merveilleusement triste. D'ailleurs, la seule séquence où l'univers fantastique déborde sur la réalité, c'est uniquement celle ou Vidal découvre la mandragore et cause la rechute de sa femme. La lâcheté et le mépris ne peuvent que mener à la perte des repères les plus fondamentaux (le fait qu'Ofelia ne soit qu'une enfant importe peu pour Vidal), et les univers respectifs de ces deux personnages inoubliables seront définitivement bouleversés lors d'un final déchirant. "L'innocence est plus forte que le mal" ? Peut-être, encore faut-il savoir la préserver. Et lors de temps aussi sombres, où l'imaginaire est le seul échappatoire d'une enfant égarée, le mal laisse forcément des traces indélibiles...

Marquant l'aboutissement visuel et scénaristique de la carrière de Guillermo del Toro, Le labyrinthe de Pan est un chef-d'oeuvre au sens plein du terme, une merveille de chaque instant, un drame sombre et magique à la puissance émotionnelle époustouflante. Un véritable joyau du cinéma, devant lequel on ne peut s'empecher de pleurer à chaudes larmes. Les gens sortent de la salle dans le plus grand silence, et moi, je reste dix bonnes minutes sur mon siège à essayer de me remettre d'une expérience aussi éprouvante. Merci Monsieur del Toro, mille fois merci...


Note : 18/20

Guillaume



"J'ai vu une fée..." ==> Critique du Labyrinthe de Pan

# Online seit Sonntag, 25. November, 2007 um 09:28

Geändert am Dienstag, 15. Januar, 2008 um 05:33

Interlude Musical

Certains artistes ne sont pas reconnus à leur juste valeur. Celui ci nous viens de Bretagne, et croyez-moi, il a changé ma vie. A écouter en boucle les soirs de déprimes :p Rholala c'te honte....!

Guillaume

# Online seit Sonntag, 25. November, 2007 um 15:49

Geändert am Montag, 26. November, 2007 um 12:27

Laissez rire ceux qui gagneront => Critique de Barry Lyndon, de Stanley Kubrick.

Laissez rire ceux qui gagneront => Critique de Barry Lyndon, de Stanley Kubrick.
Fiou, qu'elles sont looooongues les critique du petit Guigui ! Longues, dites-vous ? Tout à fait, longues, à l'instar de la masterpiece Kubrickienne, et je tiens tout de même à souligner qu'après 4 pages de conneries cachant d'intrétables trésors intellectuels (mes critiques, merci public), on a toujours pas parlé du Master du cinéma, le grand Stanley (Stan pour les dames) et de toute sa trop courte filmographie. Bon ben, je jettes une première pierre dans la mare (Aaaaaaah !!) en parlant du plus long film de sa courte filmo, on l'a déjà dit.


Date de sortie : 24 Septembre 1976
Date de Reprise : 19 Décembre 2007 (Allez-y !!!)


Synopsis :

Pour faire son chemin dans le monde corrompu du XVIIIe siècle anglais, un brave garçon, pauvre, tendre et loyal, devient une redoutable crapule. Amant puis époux d'une jeune femme fort riche et non moins titrée, il conquiert la gloire, l'amour et l'argent... Mais pour lui, bien dure sera la chute.

Critique :

Zut, me voilà devant ma critique, tétanisé par l'attente insoutenable d'un public rageur, qui guête les mots que je vais coucher sur blog, attendant avec fébrilité ma première erreur pour me remettre à ma place : "Quoi ! Critiquer Kubrick ! Critiquer BARRY LYNDON ! Voilà une tentative bien imprudente, bien prétentieuse...!"
N'ayez craintes, cher public : si je critiques aujourd'hui ce monstermovie, c'est tout simplement pour lui rendre grâce, lui remercier d'exister, et remercier son géniteur d'avoir offert cet héritage filmique (plus osé qu'ORANGE MECANIQUE, plus ultime qu'EYES WIDE SHUT...!) à des générations entières de cinéphiles justement avertis de la postérité méritée d'une telle œuvre d'art, OVNI véritable si il en est, miroir étrangement ambiguë d'une société pas si lointaine, que Mr Kubrick a voulu rendre empathique d'une manière magnifiquement virtuose : en faisant graviter ce qu'on pourrait qualifier de simple film d'époque autour d'un héros originellement quasi-Voltairien, vierge de toutes blessures inscrites par la vie. Et pour cause, ce héros, Redmond Barry, affronte les difficultés avec un loyalisme et un honneur verbal étonnant, mais qui ne transparaît quasiment à aucun moment -du moins au cours du premier mouvement du métrage- sur le beau visage de l'acteur de LOVE STORY (Ryan O'Neal). La première partie, donc, la partie que l'on pourrait nommer « Barry », où le héros n'est qu'un simple jouet du destin, confrontés à des péripéties presque fortuites en ce qui le concerne, pourrait se résumer à un exercice de style dosé de façon virtuose ; l'alchimiste Kubrick mélangeant avec méthode une trame narrative captivante et une technique hallucinament pionnière (qui trouvera d'ailleurs un écho dans EYES WIDE SHUT – cf la scène de l'orgie), se collant parfaitement à une gestion des cadres, comment dire... ? Epoustouflante. Je crois bien que c'est le mot : chaque plan est une composition qui vous tétanise par sa beauté lucide, un tableau surgit des entrailles du classicisme européen, où l'on reconnaît ici l'influence de Delatour (voir les scènes d'intérieur ou/et de nuit, éclairées simplement à la bougie, ce qui valut au metrage l'oscar de la meilleure photographie), et là, le génie de Velasquèz. Ca fait rêver.
Mais revenons à l'histoire elle même, et à l'influence puisé par Kubrickdans Candide , dont la premiere partie du metrage n'est ni plus ni moins qu'une quasi revisite des premières du conte (par exemple dans l'appréhension d'un narateur omniscient), avant même d'être une adaptation de l'ouvrage éponyme de William Makepeace Thackeray. Barry devient très vite attachant même lorsque le spectateur ne peut que s'appitoyer sur son sort. Il grandit à nos yeux et à ceux de la société qui l'entoure, respectant un code d'honneur personnel, dicté ni par sa famille ni par sa patrie, mais par sa simple conception de la vie et de la réussite.
Jusqu'à la fin de ce premier mouvement exclusivement narratif, qui ne laisse transparaître les émotions du héros que frontalement, ce dernier ne trouve aux yeux du spectateur qu'une admiration croissante. Jusqu'à ce que ce premier chapitre se clôt, et qu'il clôt ainsi ce cycle Barry pour reprendre sur le cycle Lyndon, qui marquera une totale inversion de situation.

INTERMISSION

Comme vous l'avez peut être constaté, ma critique suit plus ou moins la chronologie de ce film de 3h20. Je profites donc de cette intermission pour vous éclairez quelque peu sur quelques un des points majeurs techniques de BARRY LYNDON.
Tourné entièrement en décors d'époque (à Castle Howard notamment) et en lumière naturelle (à la bougie, pour les scènes de nuit ou d'intérieur), grâce à des objectifs de caméra très lumineux et au traitement spécial des pellicules, ce film bénéficie d'une photographie exceptionnelle, véritable prouesse technique qui lui confère une esthétique plutôt sombre et très particulière, tout à fait dans le ton de l'histoire et des peintures de l'époque. Le spectateur se trouve ainsi de fait plongé dans l'intimité des personnages, ainsi que le désirait Kubrick, qui voulait réaliser un documentaire qui se serait passé au XVIIIe siècle
Cette esthétique particulière est magnifiquement soutenue par la bande originale, qui mêle musique classique (Haendel, Paisiello, Schubert et Bach...) et folklore irlandais.


Malgré 4 oscars (meilleurs direction artistique et décors, photographie, costumes et arrangement musical) pour 7 nominations, le film n'eut malheuresement pas le succès escompté...Dommage.

FIN DE L'INTERMISSION

Bon, la deuxième partie sera bien plus courte que cette première partie bien inspirée, et ce afin d'éviter toutes révélations sur l'intrigue. Je vais juste promptement m'exprimer sur l'aspect psychologique des personnages avant de délivrer la note tant attendu et de laisser s'exprimer mon cher collègue blogale, qui ne pourra plus dire après ces trois critiques en un week end que je ne suis pas prolifique. Bref.
Aspect psychologique donc. Le film, comme je l'ai déjà fait remarqué, est, à l'instar du titre, séparé en deux partis : la partie Barry, déjà analysé ci dessus, et la partie Lyndon, que voilà donc.
A partir du moment où le héros s'entiche de Mme Lyndon, un déclin, un changement d'orientation apparaît nettement dans la manière d'appréhender les personnages : peut-être plus profond et ambiguë, les relations plus nombreuses, la maturité qui se fait sentir dans le personnage central, dont la bravoure et le loyalisme lui ont été supprimé en même temps que le nom de Lyndon s'est rajouté au sien. Redmond Barry Lyndon est le témoin du drame de sa vie, semblant quasiment passer à côté d'un destin que le rythme extremement lent du récit semble supprimer à ses intentions, aux actes qui a construit celui ci. A partir de là, le spéctateur perd progressivement toute empathie pour le héros, qui n'en est plus un, mais qui devient un banal ( ?) père de famille, cocufiant et injuste. Rien d'autre.

Note : 19/20

Pierre

# Online seit Sonntag, 25. November, 2007 um 17:00

Geändert am Montag, 26. November, 2007 um 12:34