Image ci-dessus : "Pratique, efficace, nécessaire ; classe sans être prétentieux : la Colombe, que c'est doux quand on la câline. "
Après un noël bien rempli et une gastro bien violente, c'est avec une joie et une santée retrouvée que je rédige la première critique de cette année 2008, année que je vous souhaite prospère et heureuse. Et quoi de mieux pour commencer une belle année que de commenter l'un des plus grands chefs d'œuvres du cinéma américain, aussi sombre qu'une nuit de noël sans lumière ? Je veux bien sûr parler de l'événement DVD des vacances, la réédition magnifique de la Masterpiece du grand Ridley BLADE RUNNER
Date de sortie : 15 Septembre 1982
Date de reprise : 5 Décembre 2007Blade Runner est une adaptation du roman « Do androïds dream of electric sheeps ? » de Philip K. Dick. Wake up...Dans les dernières années du 20ème siècle, des milliers d'hommes et de femmes partent à la conquête de l'espace, fuyant les mégalopoles devenues insalubres. Sur les colonies, une nouvelle race d'esclaves voit le jour : les répliquants, des androïdes que rien ne peut distinguer de l'être humain. Los Angeles, 2019. Après avoir massacré un équipage et pris le contrôle d'un vaisseau, les répliquants de type Nexus 6, le modèle le plus perfectionné, sont désormais déclarés "hors la loi". Quatre d'entre eux parviennent cependant à s'échapper et à s'introduire dans Los Angeles. Un agent d'une unité spéciale, un blade-runner, est chargé de les éliminer. Selon la terminologie officielle, on ne parle pas d'exécution, mais de retrait...
... time to dieBlade Runner. Qu'évoque ce nom pour moi ? Un film tout d'abord. Un film que mon flair cinéphile, si je peux me vanter, avait détecté dès l'enfance, voyant régulièrement dans la boutique vidéo qui régnait sur mon quartier, la composition baroco/expressioniste qu'affichait la couverture de la K7, d'où la majestueuse tête d'Harrisson Ford surgissait d'un entremêlement audacieux de visage (Celui de Sean Young), de lumières, d'immeubles...
Une affiche qui avait la classe de faire ressurgir les 3 thèmes principaux du film, tant d'un point de vue narratif que visuel : la thématique de l'identité, de ce qu'est l'homme ; celle de la vie et de la mort (altération ombre/lumière), et enfin celle – lucide – des problèmes à venir sur notre bonne vieille terre (la surpopulation, la pollution...).
Mais Blade Runner est bien plus qu'une affiche certes belle mais qui n'est pas le film. Blade Runner, c'est avant tout l'ambiance dans le métrage. Une ambiance travaillée, lucidfiée, incroyablement immersive, servant de liant aux événements de l'intrigue. Une ambiance travaillée pendant neuf mois en post prod, comme nous l'indique le bonus gigantesque du DVD final cut, qui donne au film une esthétique inspirée, à n'en pas douter, du Metropolis de Lang (p5) et du travail graphique de deux dessinateurs français : Moebius (Metal Hurlant) et Enki Bilal (Nikopol). Les superbes décors – studio – donnent l'impression lors des scènes d'extérieurs que les personnages (figurants et rôles principaux) sont avalés par la masse sombre de la ville, impression justifiée encore plus par le fait que toutes les actions (exceptée la rencontre entre Rachael et Deckard, illuminée par le soleil) ont lieu de nuit ou dans une atmosphère nocturne. Atmosphère en parfaite adéquation avec un autre style qu'a voulu explorer Ridley Scott (en plus de la SF) : le film noir, à travers ce qui reste ni plus ni moins une enquête détective, une "opposition" entre deux sensibilités différentes (opposition Deckard/Roy).
Mais qui dit atmosphère dit musique, thème sur lequel je m'attarde un petit peu maintenant : Vangelis, pour cet excellent métrage, a mis tout son talent de compositeur dans un score aérien et puissant, mélant étrangement musique orientale et compo jazz dans une masse électro assumée, quasi aquatique, donnant, dès le générique de début, une patte au métrage. Quelque chose de puissant.
Avant de nous lancer dans l'étude des trois thèmes éludés en début d'articles, on va juste temporiser un petit peu sur la performance actorielle, autre ingrédient marquant de ce métrage qui ne manque vraiment pas de répondant à tous les points de vue, que ce soit dans la mise en scène, mise en image, décors...
Bref, les acteurs donc. Le film est servi par un casting anthologique, mené par un Harrison Ford à son apogée, psychotique et solitaire, opposé à une autre grande figure du cinéma mondiale, le génial Rutger Hauer, grandiose, illuminé par d'incroyables et touchantes envolés lyriques ("all those moments will be lost in time like tears in rain") et un regard fou. Enfin, Sean Young, débutante sur le tournage, apporte un rayon de soleil à ce film sombre, tant sa beauté et sa fraîcheur illuminent chaque scène. D'autres grands acteurs se remarquent dans cette superproduction, tel que Joseph Turkel (le maître d'hôtel de Shining) ou encore Daryl Hannah (la méchante de Kill Bill)...
Ce film, en plus d'être la réussite parfaite d'un défi technique osé, est aussi un conte philosophique puissant, qui offre une réflexion touchante au spectateur sur l'Homme et la tolérance, la recherche de son moi, de son identité, l'indéniable fatalité de la mort (cf la dernière réplique du film dans la version final cut), et ce à travers la quête des replicants, qui sous des aspects violents, froids et meurtriers, ne demandent qu'une considération de leur être : comme le dit le personnage de Pris "je penses donc je suis" : ces personnages "que rien ne peut différencier d'un humain" ne sont ils pas à leur tour devenue humains ? C'est à travers cette considération que Ridley Scott passe un message humaniste et humanisant à ses spéctateurs, un témoignage hypothétique sur la tolérance, renforcé par la relation entre Rachel et Deckard, point d'orgue de l'union entre deux Etres en théorie opposés.
De plus, Blade Runner livre une percéption interessante sur la vie et la mort, doté d'un certain fatalisme, mais d'un message épicurien d'Horace: "Carpe Diem" (cueille la fleur du jour), message qui trouve toute sa force dans le climax ahurrissant et dans le dernier plan étonnant de ce film qui donne du fil à retordre à tout les étages.
Enfin, qu'est ce que Blade Runnersi ce n'est un message précurseur sur la sauvegarde de la planète : les animaux ne sont plus que des mammifères factices, construits par l'Homme, la surpopulation des villes entraîne chômage, insalubrité, et ce n'est pas un hasard si, comme je l'ai déjà dit, la majorité des scènes semblent se passer dans la nuit : il s'agit d'une conséquence de la pollution humaine : le soleil est caché en permanence par les barres d'immeubles, qui se sont multipliées, et par les nuages toxiques qui recouvrent la ville. Seul la plus haute tour de la ville, celle où est logé le vieux Tyrell, le maître de la ville, est illuminé par un soleil certes physique mais aussi symbolique.
En conclusion, Blade Runner est et restera comme l'un des plus intelligents film de SF américain, sachant offrir une des plus belle refléxion que le cinéma a connu, et qui se place en chef de file d'autres grands chefs d'œuvres du genre tel que Children of Men, 12 Monkeys, A Clocworck Orangeou encore le Metropolisde Rintaro.
Grand, définitivement grand.
Note : 18/20
Pierre